Céramiques de peintre

Mon travail avec la céramique se rapproche beaucoup plus de la pratique de la peinture que de la pratique de la céramique classique. C’est pour cela que je l’appelle «céramiques de peintre».

Mon travail s’appuie sur une légende florentine qui raconte l’enfance très pauvre, presque misérable d’un enfant qui allait devenir un des grand peintres de la Renaissance: Filippo Lippi, mais l’histoire de l’art italien montre déjà depuis le XVI siècle la tendance de certains artistes à travailler la terre de cette manière.

On raconte que cet enfant qu’on avait laissé seul pour faire face à l’accouchement d’un frère, une fois la naissance produite ne savait pas quoi faire (logique, n’est-ce pas? Qui saurait faire face en étant gamin?). La mère, presque agonisante, lui a dit qu’il fallait prendre un couteau et couper le cordon ombilical. Et rien d’autre.

Comme il fallait s’y attendre après cela, cette pauvre femme mourut, victime aussi de la misère qui l’avait faite accoucher dans un tel état.

L’enfant croyant qu’il avait tué sa mère et qu’il serait très durement puni pour ça, s’enfuit de chez lui et atterrit à la cour des miracles de Florence.

Dans cette cour des miracles chacun avait un “savoir faire” qui lui permettait d’amuser les passants et avoir ainsi un peu d’argent…pour manger.

Le gamin en fuite ne savait rien faire. Rien d’autre que prendre une brindille et dessiner sur la terre pour faire passer le temps et moins penser à son ventre vide.

Mais il se trouve qu’avec sa brindille sur la terre apparaissaient des merveilles que sa petite tête imaginait. Parfois, quelques pièces tombaient à coté du dessin, ce qui lui permettait de manger un peu. Il effaçait avec son pied le dessin sur la terre “battue” qui était prête à recevoir les nouveaux traits de la brindille.

Un jour, Cosme de Medicis passa par la cour des miracles et vit le dessin réalisé par l’enfant, mais cette fois c’est le pied bien chaussé de Cosme qui effaça le dessin.

“Fais en un autre” lui a dit celui ci. L’enfant s’exécuta et fit un dessin. Cosme fit faire deux ou trois fois la même chose.

C’est alors qu’il prit l’enfant par le bras et partit avec lui chez un ami peintre, à qui il dit: “Fais de lui un grand artiste, pour la gloire de Florence”. L’ami de Cosme était Guido di Pietro dit Fra Angelico.

Que nous dit cette légende? Que nous enseigne le petit Filippo? Qu’on peut dessiner avec presque rien et sur n’importe quoi…Que c’est dans le geste que se trouve la magie, si magie il y a. Qu’en art on travaille avec ce qu’on a, que comme disait Leonard de Vinci “il arte é cosa mentale” (“l’art est une chose de l’esprit”).

C’est ainsi qu’un jour en étirant l’argile je me suis dit que j’avais là une toile, un papier, ou simplement de la terre à faire dire des choses. C’est pour cela que je les appelle «céramiques de peintre», car ma démarche est beaucoup plus proche de celle d’un peintre que celle d’un céramiste.